lundi 09 avril 2007
Dans l'humus de ma terre intérieure poussent des plantes que l'UN connu...
Par Mag, lundi 09 avril 2007 à 06:16 :: HdeC La diagonale du vide
Lintelligence de lhumilité
« Lhumilité est lintelligence de celui qui ose. La modestie, lorgueil de celui qui nose pas. » (Tariq Demens, Diaphorismes, p. 76)
Que signifie oser ? Lattitude de celui qui affronte la peur. Jose quand je redoute un acte (me jeter à leau, changer de vie...), mais que je ne mabstiens pas pour autant. Il est bien des manières déviter la peur ! Celle du téméraire, qui ne la connaît pas parce quil est inconscient du réel, et qui agit, mais sans conscience. Celle du lâche, qui neutralise son effroi en sabstenant daller vers ce qui leffraye. Lui est conscient, mais nagit pas. Au contraire, celui qui ose a malgré tout peur, mais il agit quand même. Il accepte lexpérience de la peur.
Nest-ce pas là une première définition de lhumilité ? La peur repose en effet sur le sentiment que je ne contrôle pas tout, que mon système de défense ne me rend pas invulnérable : je peux être blessé, tué, je peux souffrir. La peur est une connaissance : je ne suis pas tout-puissant. Être humble, cest donc dabord comprendre les limites inhérentes à sa condition. En cela, déjà, lhumilité est une intelligence. Mais cela ne suffit pas. Car comprendre ses propres limites, cest aussi le risque de sy laisser enfermer. On sen contente. On na pas la « prétention » de dépasser sa condition... Humilité ? Non, modestie ! Je suis alors modeste dans mes ambitions, modeste dans ma conception de la vie, fier dêtre modeste, puisque lusage fait de la modestie une vertu. « Lorgueil de celui qui nose pas »...
Dans les tragédies grecques, larrogance de celui qui prétendait dépasser sa condition (le péché dubris) était sévèrement puni par les dieux. Mais cest que le héros ne comptait alors que sur ses seules forces, dont les limites échappaient à son intelligence. Entre la modestie de celui qui ne saventure pas au-delà de ses propres limites et le délire de toute-puissance de celui qui refuse de les reconnaître, il y a une autre voie, celle de lhumilité : comprendre ses limites, - mais pour aller au-delà ! Le trac de lartiste en donne un bon exemple. Le véritable acteur a conscience, au moment dentrer sur scène, que tout ce quil sait (son texte), tout ce quil sait faire (sa technique), tout ce quil maîtrise, tout cela est cruellement insuffisant.
Car pour que lart ait lieu, il faut plus : cela qui ne peut que lui être donné sil se dispose à le recevoir, et qui est de lordre du mystère : cette présence, cette justesse - la grâce. Il a donc peur, car il sait que laventure de la scène est au-delà de ses seules forces. Mais il y va quand même, dans lespérance que lui soit donné ce qui le dépasse et donne sens à laventure de son art et de sa vie.
Le trac, dont Louis Jouvet disait quil vient avec le talent, est lhumilité de lartiste. Et celle-ci est une intelligence de la vie, du pouvoir créateur de la vie. Or chaque situation de notre vie, pour quelle donne toute sa fécondité, nest- elle pas au-delà de nos seules forces ? Ne requiert-elle pas linspiration, la grâce, et donc lhumilité qui en est le terreau ? Lhumilité, soeur de la foi - celle qui déplace les montagnes.
© Denis Marquet
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